Quand les étudiants donnent un sens citoyen… à leurs recherches

Le projet Planet-D, lancé le 2 juin 2005 devant une assemblée fournie d’étudiants, propose d'”apporter des énergies neuves et des réponses pratiques aux problématiques du développement durable dans les collectivités locales, en favorisant l’engagement de jeunes étudiants sur le terrain “. L’idée est de créer un réseau recensant les demandes de stages et les projets de thèses pour les transmettre aux collectivités désireuses de profiter de ces compétences nouvelles. Créée par d’anciens étudiants issus de grandes écoles pour la plupart, Planet-D est parrainée par des professeurs et chercheurs reconnus sur le sujet. L’idée est simple mais originale, car elle met en relation des étudiants et des collectivités, peu habitués à coopérer, et qui ont pourtant de réels besoins auxuquels ils pourraient mutuellement répondre. C’est l’intuition qu’a eu Caline Jacono, la présidente de Planet-D. A 30 ans, après des études à Sciences-Po et un séjour long au Chili, son appétence pour les projets d’intérêts publics l’a poussé à obtenir un DEA d’Economie de l’environnement et à occuper des fonctions d’assistante parlementaire puis dernièrement de chef adjointe de cabinet : ” Au cours de mes études, j’ai constaté les difficultés à trouver un stage ou faire passer un projet de recherche. Ensuite, dans le cadre de mes fonctions auprès d’élus, j’ai rencontré de nombreux maires, et noté leurs besoins de compétences. La crise que traverse par ailleurs la recherche, tant au niveau de ses financements que de l’écoute que les chercheurs peuvent recevoir auprès de la société civile, a achevé de me donner l’idée de cette association. “

Partenariats étudiants-collectivités-entreprises

Les étudiants pourront accompagner les collectivités dans la mise en place d’une politique énergétique, dans leur gestion des déchets, dans l’amélioration de la mobilité ou la mise en place d’un agenda 21, entre autre exemples. Bien sûr, l’association ne cache pas son espoir que les stages puissent déboucher sur des embauches. Dernière particularité du projet : Planet-D veut associer le monde de l’entreprise à cette dynamique de développement territorial local. Certaines grandes entreprises françaises se sont déjà dites intéressées et leurs apports financers s’avère indispensable, selon Caline Jacono. ” Mais il ne s’agit pas d’une privatisation de la recherche, ni de missions de conseil bradées ou subventionnées. Cela ne sera jamais une mission au service de l’intérêt particulier de l’entreprise, mais bien une rencontre entre l’intérêt de la collectivité et une sensibilité de l’entreprise à certains sujets. ” A ce jour, une vingtaine d’étudiants ont souhaité s’investir dans le projet et être des relais, dès septembre 2005 au sein de leurs écoles, l’ENS, l’ESSEC, l’Ecole nationale des Ponts et Chaussée, HEC ou encore Polytechnique.

De la responsabilité sociale… des universités

Autre initiative visant à nouer des partenariats entre la recherche et la société : la Boutique des sciences (BDS). Elle a été créée par des étudiants de l’ENS de Cachan (Ile de France), il y a près de deux ans, 17 ans après la fermeture de la dernière en France. Le concept des Boutiques des sciences date effectivement des années 70, en pleine mouvance écologiste. La BDS de Cachan, qui mobilise une dizaine de membres, s’inscrit dans leur philosophie originelle qui consiste à favoriser la vulgarisation scientifique et surtout une réappropriation citoyenne de la recherche. Les demandes de la société civile sont collectées par la boutique. Elles peuvent émaner d’institutions indépendantes, d’ONG ou d’associations, et sont retravaillées pour en faire des sujets d’étude ou de recherche pouvant s’intégrer dans les cursus d’étudiants chercheurs. Parmi les projets et demandes en cours, la BDS de Cachan recense une requête de l’ITAB, Institut technique d’agriculture biologique, portant sur ” la videos porno biodiversité des espèces cultivées ” ou encore ” la notion de puissance dans la recherche sur le vivant “. Une autre demande émane de la Fondation sciences citoyennes, crée il y a trois ans pour œuvrer à un rapprochement sciences-société, et de la Fondation pour le progrès de l’homme, qui s’interrogent sur la manière dont ” les citoyens peuvent financer l’effort de recherche en Allemagne, en Suisse, en Angleterre et en France “.

Au Pays-Bas, souvent cité pour ses Boutiques des sciences, où elles s’inscrivent dans une dynamique de responsabilité sociale des universités depuis une ” loi sur l’éducation scientifique ” datant de 1960, plusieurs expériences positives ont été menées. Ainsi, des riverains ont pu faire vérifier l’origine de fissures qu’elles imputaient à des travaux menés par la compagnie du gaz. Les étudiants ont attribué leur origine à des poches de gaz souterraines. Ailleurs, ce sont des entreprises qui étaient visées pour les nuisances olfactives et des émanations suspicieuses qu’elles émettaient, l’expérience a permis de faire collaborer collectivité, industriels, chercheurs-étudiants et riverains.

En Europe et sur le plan international, un réseau des boutiques des sciences existe. En France, le sujet reprend de la vigueur. Un Forum “Vie étudiante – culture scientifique et citoyenne” va se tenir le 1er juillet prochain au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, à l’initiative du Conseil régional d’Ile-de-France. Celui-ci a lancé, fin 2004, un appel à projets dans le cadre de son nouveau programme des Partenariats Institutions Citoyens pour la recherche et l’innovation (PICRI). Objectif : “soutenir financièrement des projets de recherche d’intérêt sociétal” et ” souligner le besoin d’une implication plus grande des citoyens, notamment sur la détermination des recherches qui doivent être menées “.

Sylvie Touboul

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